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Chutes incandescentes, photo de Michael Slobodian
Hier soir, à l’Agora de la danse, je n’arrêtais pas de penser au monologue d’Étienne Lepage interprété par Francis Ducharme lors du Cabaret Gravel Cabaret. Dans ce texte, Ducharme se plaignait des spectacles qui l’emmerdent, surtout qu’il n’en demande pas tant que ça. Il veut juste une idée, nous disait-il. Si je me souviens bien, il continuait : parfois, je regarde, puis j’en trouve pas une crisse. Et voilà.

Chutes incandescentes de Clara Furey et Benoît Lachambre, c’est deux artistes à la recherche d’un concept. Dans le programme, on parle d’hommage « aux racines orientales de l’individu occidental. » Une idée intéressante, certes, mais elle n’est pas sur scène et il n’y a rien pour la remplacer. On a l’impression qu’on en est encore au stade du travail en studio. La proposition n’est pas claire, mais on ne peut même pas dire qu’elle est floue ou ambiguë. Elle n’est juste pas là.

Les interprètes se démènent sur scène, et pourtant rien ne se passe là où c’est important : à l’intérieur du spectateur. Autour de moi, les soupirs se faisaient entendre, comme si les spectateurs cherchaient à laisser échapper le vide que le spectacle laissait en eux. Pourtant, je suis sensible. Je pleure à rien, je ris quand je songe à un chat qui essaie de se gratter sans y parvenir, et je n’ai qu’à penser à Jean Charest pour me fâcher. Mais là, rien.

Le mouvement des interprètes dans l’espace est limité et on fait une mauvaise utilisation de la scène. On dirait que la salle a été choisie pour le nombre de spectateurs et non pour les besoins de la pièce.

Il y a un tableau qui aurait pu être intéressant, alors que Lachambre en avant-scène tape des pieds en tremblant de tout son corps et en levant ses bras graduellement, une lumière l’éclairant de dessous. C’est visuellement étrange, mais la musique de Furey, malgré son talent, demeure restreinte et ne complémente pas l’action. Autrement, les clichés de danse contemporaine s’enfilent.

Les deux éléments positifs du spectacle : le son et l’éclairage. Est-ce la directrice technique Karine Gauthier que l’on doit remercier?

Le critique de cinéma Gene Siskel avait l’habitude de se poser la question, « Est-ce que ce film est plus intéressant qu’un documentaire sur les mêmes acteurs qui dîneraient ensemble? » En danse, on pourrait se demander, « Est-ce que cette pièce est plus intéressante qu’un spectacle où les mêmes interprètes ne feraient qu’improviser? » J’en doute.

Chutes incandescentes
25-27 mai à 19h
Agora de la danse
www.fta.qc.ca
514.844.3822 / 1.866.984.3822
Billets à partir de 30$

 
 
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Laurie Anderson's Delusion, photo by Leland Brewster
If the world is going to end, Laurie Anderson might as well be your travelling companion. That’s at least how she made me feel last night at the Montreal premiere of her show Delusion. Though the many stories she tells over the 90 minutes the show lasts might at first appear eclectic, a sense of the end of the world pervades all of them, or at the very least the end of life. Ends even, for as she points out, from the moment we come into this world, we are destined for multiple deaths.

The scenography is simple, even basic, but effective. A rock-like structure in the middle of the stage acts as a screen for smaller grey rocks that constantly mutate in watery ripples. On the screen at the back, the largest of four, a small wooden frame appears within which, appropriately, leaves fall. This is not only coincidental; as we will find out, Delusion takes place within a perpetual, rainy autumn. The Great Flood. On either side, two smaller screens. The one on the left, like the blank pages of an open book; on the right, rippled like the bed sheet of an unmade bed. The latter is also the first image to appear on them, sheets of a peachy skin colour.

Unlike Anderson’s recorded material, highly cerebral, the music she creates for the show is surprisingly cinematic, sometimes even downright emotional. As she takes on a deep electronically modified male voice, her mysterious synth composition is reminiscent of Angelo Badalamenti’s score for Twin Peaks. It is just as probable that things might turn out to be gloomy or funny. The darkness of the candle-lit room, the smoke that fills the screens as well as the stage itself, visible in the narrow strips of light, and the red curtains on video all facilitate the comparisons to David Lynch, as cliché as those might be. The incessant music cradles the audience from left to right, allowing them to comfortably settle into the slow and hypnotic show.

From early on, Anderson commands a certain reverence. There is indeed something mythic about her. She is as comfortable on stage as any performer I have ever seen. She playfully interacts with the projection, swaying her foot in front of the projector beam so that its shadow appears to be treading the video ground. And, as if her stage presence wasn’t enough, she is also a gifted storyteller.

Even when Anderson tackles such serious issues as colonialism or the consequences of rampant capitalism in America, she manages to do it with lightness and humour, never forgetting the ultimate absurdity of life. And, therefore, of death too. So, if this is indeed the end of the world, we can be thankful that there is Anderson’s voice to put everything back into perspective, to make us laugh and reassure us.

Delusion
October 4-6 at 8pm
Usine C
http://usine-c.com/
514.521.4493
Tickets: 40$ / Under 31 years old: 30$

 
 
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Poupart & St-Pierre par St-Pierre & Poupart
Chaque fois que j’entends « Only Girl (In the World) » de Rihanna, je me dis que la chanteuse est rendue au point de sa carrière où les studio execs peuvent choisir ses singles en lançant une fléchette sur son album. Peu importe la qualité de la chanson, ça va tourner à la radio et ça va être un hit. C’est un peu le sentiment que j’ai ressenti hier quand j’ai été voir What’s Next?, le nouveau show de Dave St-Pierre et Brigitte Poupart. St-Pierre, c’est le Rihanna de la danse contemporaine; il peut faire ce qu’il veut et on va y aller pareil.

Comme c’est toujours le cas avec St-Pierre, le show est hanté par la mort, commençant par le plancher de terre sous leurs pieds et dans laquelle on va tous finir. Les deux créateurs s’y retrouveront peut-être un peu plus vite que nous, puisqu’ils se ramassent entre les lames que se lancent des jongleurs.

Ils deviennent ensuite participants d’un jeu télévisé régi par une divinité aux desseins obscurs, So You Think You Can Die. Ils démontrent que, peu importe comment on parle de la mort, on se retrouve toujours inévitablement dépourvu devant sa réalité; c’est pour cette raison que le mieux que St-Pierre peut faire, c’est citer des exemples du film Ghost pour expliquer ce qui leurs arrive.

Il en ressort un sentiment d’urgence qui pousse les artistes à accomplir tous leurs fantasmes scéniques. Après tout, on pourrait mourir demain. Heureusement pour eux, leur dieu est prédisposé à exaucer tous leurs vœux.

Ça commence avec des artistes de cirque qui n’en finissent plus de démontrer leurs exploits. Un peu comme la scène de mariage interminable qui ouvre The Godfather de Coppola.

Poupart et St-Pierre dévoilent ensuite les détails les plus intimes de leurs vies à leur dieu pour tenter de l’apaiser. Lorsque Poupart en révèle un peu trop pour St-Pierre, il s’exclame « On se garde une petite gêne, Brigitte! » Évidemment, l’humour ironique est dérivé du fait qu’il est bien connu que St-Pierre n’a pas de limites. Mais ça démontre aussi que nous traçons tous nos lignes à différents endroits, et qu’il faudrait peut-être un peu moins juger les gens lorsqu’ils dépassent les limites que nous nous sommes imposées et qui ne sont pas nécessairement les leurs.

Et suivent les fantasmes scéniques. Le Sacre du printemps de Pina Bausch pour Poupart. Sa formation n’est pas en danse, mais sa performance est convaincante. Les spectateurs se retrouvent de deux côtés opposés de la scène, ce qui la pousse à danser en conséquence. C’est un des aspects les plus intéressants du tableau, puisqu’elle ne peut faire dans la frontalité, ce qui multiplie les perspectives sur le mouvement.

C’est suivi d’une séquence de bataille en slow motion à la Matrix, encore là pour Poupart, mais pour laquelle St-Pierre devient son adversaire. Ça devrait être risible, et ce l’est, même s’ils semblent plutôt vouloir trouver une beauté plastique au mouvement... mais elle n’y est pas, sauf si on observe l'ombre des danseurs au mur plutôt que leurs corps. C’est une des forces de St-Pierre d’extraire le plus de matériel percutant d’idées souvent simples, mais là l’effet n’y est pas et ça ne fait que perdurer.

C’est ensuite au tour de St-Pierre, qui reçoit une armure métallique et une épée du ciel pour jouer Hamlet. Le moment fort est une gracieuseté de Carrie de Brian de Palma, et heureusement puisque St-Pierre, à peine audible, ne prouve pas son talent d’acteur.

On retourne à Poupart lorsque la porte de garage aux côtés de la scène s’ouvre et qu’elle en tire une énorme carcasse d’un animal méconnaissable de son traitement au boucher. Poupart se glisse à l’intérieur, là où les organes se trouveraient habituellement. Le sang couvre son corps. Même si la chaire animale a déjà été utilisée en art (par l’artiste canadienne Jana Sterback pour sa légendaire sculpture Vanitas : Flesh Dress for an Albino Anorectic, entre autres), si rarement sommes-nous confrontés à sa réalité à l’ère moderne qu’elle en demeure percutante.

C’est donc le tableau le plus efficace de la soirée, même si deux des éléments qui ont contribué à cet effet en soir de première se sont avérés accidentels. Le premier : deux papillons de nuit qui se sont faufilés dans la salle à travers la porte et qui battaient des ailes dans la lumière de scène autour de la bête; l’introduction du réel dans l’artificiel. Le deuxième : lorsque Poupart tentait de soulever la carcasse à l’aide de chaînes et que le mécanisme de poulies ne semblait pas fonctionner, son mouvement traduisait une frustration et une panique grandissantes qui ont aussi fait basculer sa performance dans le réel.

Scène d’amour, pour le romantique St-Pierre, évidemment. Alors que St-Pierre est vocal, son partenaire est des plus silencieux, comme s’il était un homme sorti d’un rêve, plus image que son.

Finalement, une section danse pour Poupart et St-Pierre maintenant recouverts de gras. Malheureusement, je me trouvais du côté de Poupart, et je pouvais voir que de l’autre côté de la scène St-Pierre donnait une bien meilleure performance.

Un petit encore en chanson, comme dans Tout se pète la gueule, chérie de Frédérick Gravel, dans lequel St-Pierre dansait l’an dernier lors du même festival. Poupart au piano, St-Pierre qui chante. Encore là, on se rappelle que St-Pierre est chorégraphe, et tant mieux.

À vouloir réaliser leurs fantasmes scéniques, les deux artistes en sont arrivés à capitaliser sur leurs faiblesses. C’est pour cette raison qu’ils se font voler la vedette par les musiciens live, plus intéressants à observer. Comme quoi les fantasmes s'avèrent souvent décevants en réalité.

What’s Next?
6 au 9 juin à 21h
1300 Saint-Patrick (coin Wellington)
www.fta.qc.ca
514.844.3822
Billets : 38$ / 30 ans et moins, 65 ans et plus : 32$

 
 
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Derrière le rideau, il fait peut-être nuit, photo d'Alexis Bellavance
Une lumière stroboscopique si brève qu’elle pourrait être un éclair. Vacarme entre quatre murs de béton. Les ombres nous entourent.

Une femme vêtue d’un col roulé et d’une jupe étroite se lève et ramasse des câbles. Elle s’assoit dans une chaise de bois et se bande les yeux. Nous sommes plongés dans le noir. Elle utilise les câbles pour se ligoter. Clouée à la chaise, elle est victime et bourreau. Elle se débat. Le bois craque. Il craque si fort qu’il cesse d’être un craquement. Il devient fracture du crâne.

Le chandail blanc de la femme est à peine visible dans la noirceur. Ses bras semblent bouger. Est-elle encore ligotée ou a-t-elle réussi à s’échapper? Une lame de couteau fend le grain du bois. Notre chair sera beaucoup plus silencieuse. La lumière frappe la lame et nous transperce les yeux.

Malheureusement, l’effet sensoriel jusque là si bien orchestré se dissout lorsque des mots parviennent à nos oreilles. La femme (Anne Thériault) chuchote une histoire. Bien que les chuchotements font partie de bon nombre de films d’horreur, je l’ai déjà dit et je le redis : ils ne fonctionnent pas dans un espace théâtral. La disjonction entre le désir de parler tout bas et celui de se faire entendre (théâtre oblige) les vole de leurs qualités sur lesquelles on tente spécifiquement de capitaliser. L’ambiguïté du chuchotement (Est-ce que j’entends des voix? Ai-je bien entendu?) est perdue.

Les mots eux-mêmes défont l’expérience sensorielle. Thériault fait toujours dans la cinématique, mais cette fois plus dans la trame narrative que dans l’image. C’est pour cette raison que je me dois de citer le court mais brillant essai de Virginia Woolf sur le cinéma :

« For a moment it seemed as if thought could be conveyed by shape more effectively than by words. The monstrous quivering tadpole seemed to be fear itself, and not the statement 'I am afraid'. In fact, the shadow was accidental and the effect unintentional. But if a shadow at a certain moment can suggest so much more than the actual gestures and words of men and women in a state of fear, it seems plain that the cinema has within its grasp innumerable symbols for emotions that have so far failed to find expression. […] The likeness of the thought is for some reason more beautiful, more comprehensible, more available, than the thought itself. »

Il faut dire qu’il s’agit aussi du spectacle du compositeur et performeur Martin Messier, qui fait un excellent travail de créer un environnement sonore inquiétant. Le son fait vibrer les chaises et résonne à travers nos corps. Malgré les mots, Derrière le rideau demeure une expérience intrigante.

Derrière le rideau, il fait peut-être nuit
27 mai à 19h; 28 mai à 18h et 19h
Société des Arts Technologiques [SAT]
www.fta.qc.ca
514.844.3822
Billets : 15$ / 30 ans et moins, 65 ans et plus : 13$

 
 
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Stéphane Guignard's Songs, photo by Frédéric Desmesure
Three women. A koto player, a singer, a dancer.

East meets West. Music meets dance. Voice meets bodies.

At the back of the stage, a single passage of light. The dancer travels through the light; the light travels through the dancer. The voice: a woman from another time, from another planet. A woman from another world. The otherworldliness of her appearance: crimson red hair, a futuristic high-collared burgundy dress made from a quilted material akin to that of a bed cover, blue eye shadow popping out. The otherworldliness of her voice: sometimes manipulated digitally, echoed, reverberated, amplified.

Static noise for applause.

The koto player: comically intense, as she violently shakes her head from side to side while playing her instrument.

Hard to resist Songs’ charm, at first. Unfortunately, it loses much of its magic as it progresses. It would help if the entrances and exits were better dissimulated, by shifting our attention from performer to performer and by dimming the lights. The latter technique is better carried out in the second half of the show.

And what of the dancer? Let’s speak of the dance itself: anaemic.

One could say that that’s okay given that Songs is more a concert than a dance show, but the truth is that even the musical element suffers from the same problem. Not the music itself, nor the talent of the three performers, which remains undeniable. However, none of them are used to their full capacity.

Director Stéphane Guignard claims to be inspired by John Cage, but even after reading all the material in the press package, how exactly that is remains obscure. With the American artist’s philosophy, using him as an inspiration is not unlike using life itself.

As all the elements are only partially made use of, questions begin to emerge. What justifies the form of the show? What is its guiding principle? What is at its core? These questions remain unanswered.

The show ends with the nine tubes of coloured light at the back of the stage. As their colours change, they begin to flash on and off alternately, one light going off each time until we are down to none. The effect is hypnotic. It is the most compelling part of the show. A solution emerges: cut all the performers, turn Songs into a light show.

Songs
February 25 & 26 at 7pm
Agora de la danse
www.agoradanse.com
514.525.1500
Tickets: 20$ / Students and those under 30: 14$